Outils pour utilisateurs

Outils du site


tableronde2016

Table ronde du WACAI 2016 à Brest - mardi 14 juin 2016

1. Les thèmes/questions qui montent dans le domaine

1.1 Questions théoriques

La séance de discussion sur les “hot topics” du domaine a permis d'identifier plusieurs questions théoriques qui interrogent les travaux au sein de la communauté. Alors que les recherches en informatique affective se sont longtemps intéressée à la modélisation et à l'expression des émotions, de plus en plus de publications s'intéressent à d'autres dimensions comme les attitudes sociales, les comportements sociaux, l'engagement, la synchronisation, la gestion du stress, etc.

Quelques travaux émergent aussi autour du collectif (gestion d'équipe, groupes de compagnons artificiels, etc) et des différentes inter-individuelles (âge, pathologies, etc.). De plus en plus, nous cherchons à dépasser la dyade et à modéliser des groupes ou des collectifs.

L'un des verrous théoriques que nous n'avons pas encore pu lever est celui de la modélisation de la connaissance nécessaire aux agents pour interagir avec les utilisateurs dans un contexte donné. Il n'existe pas de méthode automatique et la réutilisation des ontologies semble difficile. Un challenge important serait de proposer des méthodes, des outils ou des modèles qui permettraient de faciliter ce partage de données entre les différents modèles, plate-formes et cadres applicatifs.

Une autre originalité de notre communauté réside dans l'interaction entre l'humain et le compagnon artificiel, qui se place à mi-chemin entre l'interaction mécanisée (à base de keywords) et l’interaction naturelle. La question du langage naturel dans le dialogue semble être généralement écartée et il se pose alors la question de l'adaptation de l'humain à l'agent virtuel. Peut-on s'inspirer des langages utilisés avec les animaux ou les enfants pour caractériser ou définir nos paradigmes d'interaction semi-naturelle ?

1.2 Questions méthodologiques

Les débats avec la salle ont aussi fait ressortir quelques questions méthodologiques importantes pour le domaine :

  • Les modèles de contrôle du comportement des agents conversationnels animés combinent généralement des modèles d'apprentissage orientés données (“data-driven”), construits à partir de données réelles ou actées souvent tirées de corpus d'interaction humain-humain, avec des méthodes à base de règle expertes définies à partir de travaux théoriques et empiriques en Sciences Humaines et Sociales et/ou à partir d'analyse de corpus d'interaction. Cette spécificité de notre communauté provient du souhait de concevoir des modèles de comportement qui restent interprétables et contrôlables pour les compagnons artificiels ;
  • La question de la multimodalité est au cœur des travaux du GT ACAI. Une modalité encore peu étudiée, mais qui semble prometteur, est la modalité haptique ;
  • Une dimension importante dans notre communauté, qui apparaît de plus en plus comme un point déterminant de la validité des travaux, est celui de l'expérimentation en situation écologique, qui vient compléter les expérimentations en laboratoires. Chaque approche apporte des éléments complémentaires. Nous avons aussi posé la question des études ou des validation utilisant des IRM, et des contraintes expérimentales posées par ce dispositif ;
  • La manière dont nous étudions les interactions entre humains et agents évolue aussi. Ainsi, pour qualifier la notion d'interaction naturelle, nous regardons de plus en plus l'alignement ou le couplage humain-agent. Nous considérons aussi de plus en plus la question des interactions sur le long terme et de l'impact sociétal des agents. Pourtant, ces deux aspects sont difficiles à prendre en compte aussi bien pour la modélisation que pour l'évaluation ;

1.3 Questions applicatives

Ces dernières années, plusieurs projets ont été portés par la communauté dans le domaine de la formation aux compétences sociales (“social training”) et de la e-santé. Sans que l'intérêt pour cette application se soit tarie, de nouveaux cadres d'application apparaissent au travers des présentations du WACAI 2016 et ressortent dans nos discussions :

  • L'aide à l'insertion pour les personnes exclues (jeunes, handicapés, personnes âgées…), où les systèmes artificiels peuvent jouer un rôle de médiateur, de formateur ou de facilitateur s'ils disposent de compétences affectives et de modèle d'interaction sociale ;
  • Les objets connectés (et plus généralement les questions autour de l'Internet des Objets) qui semblent une application prometteuse pour les agents conversationnels : la réalité se rapproche de la fiction où des agents-virtuels hologrammes sortent des montres-poignets ;
  • Plus généralement, le fait de disposer d'agents conversationnels animés capables de réagir de manière pertinente au comportement de l'utilisateur, sans que cela passe nécessairement par la langue naturelle, semble définir le cadre d'application actuel de nos travaux.

Enfin, il semble important pour la communauté de chercher les problèmes sur le terrain et d'être au contact des utilisateurs dans les salle d'exposition.

2. Vers une plate-forme nationale d'ACA

C'est une question qui revient souvent dans la communauté : peut-on envisager, à terme, une plate-forme commune d'expérimentation de nos modèles d'ACA ou, plus généralement, un framework pour des agents compagnons. Il existe aujourd'hui plusieurs plate-formes utilisées dans la communauté (Humaine, Greta, MARC, Agentslang… pour n'en citer que quelques unes), qui se concentrent chacune sur des parties différentes de la chaîne d'interaction humain-compagnon. Il semblerait intéressant de disposer d'une architecture partagée sur laquelle chaque équipe pourrait brancher ses agents, ses modèles de raisonnement, de synthèse de comportement non-verbal, de dialogue, d'analyse d'états mentaux, etc.

La difficulté principale est la maintenance d'une telle plate-forme. Il n'existe pas à l'heure actuelle d'équipe capable de financer de manière pérenne une équipe d'ingénieurs pour faire fonctionner une telle plate-forme et travailler avec les équipes pour intégrer les différents composants, fournir de la documentation et de l'aide sur l'utilisation de la plateforme, etc. Il semble difficile d'obtenir un tel financement au niveau national pour une question qui ne rassemble qu'une centaine de personnes en France. La possibilité d'une plateforme opensource revient dans les discussions, mais la question de la maintenance reste posée.

Il semble en revanche nécessaire de participer aux groupes de travail de normalisation au niveau international (comme par exemple cela s'est fait pour le standard BML) qui permet déjà de définir des formats d'échange communs, donc de faciliter l'interopérabilité des outils. Il faut aussi définir des API communes.

3. ACAI et robotique interactive

Le groupe de travail ACAI, historiquement ancré dans le GDR I3 et l'AFIA, s'est rapproché il y a quelques années du GT5 (interaction homme-robot) du GDR robotique, en raison des nombreux thèmes de recherche partagés (interaction et relation homme-robot, perception de l'activité, robots compagnons…). Pourtant, les disciplines semblent rester cloisonnées : peu de chercheurs de la communauté travaillent réellement avec des robots et il y avait moins de 10 membres du GDR robotique à Brest.

Ce qui ressort de nos échanges est que la construction d'une communauté commune prend du temps et qu'il faut persister à organiser des actions communes via les GT des GDR. Il semble aussi souhaitable d'élargir au GT8 du GDR robotique qui travaille sur robotique et neurosciences (plus du côté contrôle et adaptation que du côté des interactions, mais avec un intérêt certain pour la communauté WACAI comme nous avons pu le constater).

Une conférence “Developmental Learning” et Robotique est organisée mi-2017, à laquelle le prochain GT ACAI pourrait être associé.

tableronde2016.txt · Dernière modification: 2016/07/08 11:23 par sabouret